D'où vient la certitude de la Science? Est-elle vraiment certaine?
Comment sont les théories construites?
Quelle rôle a l'hypothèse et en quoi on s'en servit?
Depuis l'arithmétique et la géométrie jusqu'à la mécanique et la physique expérimentale, Poincaré a répondu aux questions.
Découvrons-nous alors ces réponses.
Le résumé du livre dans Le fichier pdf (22 pages).
Le résumé sous format PDF (22 pages)
Comment sont les théories construites?
Quelle rôle a l'hypothèse et en quoi on s'en servit?
Depuis l'arithmétique et la géométrie jusqu'à la mécanique et la physique expérimentale, Poincaré a répondu aux questions.
Découvrons-nous alors ces réponses.
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PREMIÈRE PARTIE :
LE NOMBRE ET LA GRANDEUR
CHAPITRE
I
SUR
LA NATURE DU RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE
Les
mathématiques (l’arithmétique) sont construites par récurrence : la
démonstration que « si une proposition est vraie pour n alors elle l’est
pour n+1 » et la vérification pour n=0. Comme ça, puisque il est vrai pour
0 alors il l’est pour 1, alors pour 2, et ainsi de suite pour tout n nombre
naturelle. Comme ça on peut démontrer
des propositions de type 5+4=9 ou 5*5=25… après avoir défini l’opérateur. Ce
raisonnement se base sur l’ordre : le concept des nombres.
L’induction,
appliquée aux sciences physiques, est toujours incertaine, parce qu’elle repose
sur la croyance à un ordre général de l’Univers, ordre qui est en dehors de
nous. L’induction mathématique, c’est-à-dire la démonstration par récurrence,
s’impose au contraire nécessairement, parce qu’elle n’est que l’affirmation
d’une propriété de l’esprit lui-même.
Les
mathématiciens procèdent donc « par construction » : l’analyse des
combinaisons et des ensembles, ainsi ils aperçoivent les rapports de ces
éléments et en déduisent les rapports des ensembles eux-mêmes. Cette induction
n’est possible que si une même opération peut se répéter indéfiniment, ce qui
n’est pas toujours vrai dans la physique.
CHAPITRE
II
LA
GRANDEUR MATHÉMATIQUE ET L’EXPÉRIENCE.
Les mathématiciens
n’étudient pas des objets, mais des relations entre les objets ; il leur est
donc indifférent de remplacer ces objets par d’autres, pourvu que les relations
ne changent pas. La matière ne leur importe pas, la forme seule les intéresse.
Dans le
continu mathématique formé par une infinité des nombres incommensurables (des
nombres irrationnels et des fractions), l’unité est disparue dans la
multiplicité. Il n’est qu’une pure création de l’esprit, mais que c’est
l’expérience qui lui en a fourni l’occasion. Parce que dans la réalité,
l’infinitésimale est négligeable et c’est la nécessité qui a contraints à inventer
le continu mathématique : A = B, B = C, A < C, où B (resp. C) est plus
grand que A (resp. B) infinitésimalement mais la différence entre A et C est
assez grand pour être considérable. L’ensemble de ces infinitésimales est ce
qui constitue le continu.
L’esprit
a la faculté de créer des symboles, et c’est ainsi qu’il a construit le continu
mathématique, qui n’est qu’un système particulier de symboles. Sa puissance
n’est limitée que par la nécessité d’éviter toute contradiction ; mais l’esprit
n’en use que si l’expérience lui en fournit une raison.
La dimension
d’un continu dépend de la nature des coupures par lesquelles on peut le
subdiviser : Si on peut subdiviser un continu physique C par une coupure
se réduisant à un nombre fini d’éléments tous discernables les uns des autres,
nous dirons que C est un continu à une dimension. Si au contraire C ne peut
être subdivisé que par des coupures qui soient elles-mêmes des continus, nous
dirons que C a plusieurs dimensions. S’il suffit de coupures qui soient des
continus à une dimension, nous dirons que C a deux dimensions, s’il suffit de
coupures à deux dimensions, nous dirons que C a trois dimensions, et ainsi de
suite. C’est quand on a voulu introduire la mesure dans le continu que nous
venons de définir que ce continu est devenu l’espace et que la géométrie est
née.
DEUXIÈME PARTIE :
L’ESPACE
CHAPITRE
III
LES
GÉOMÉTRIES NON EUCLIDIENNES.
Toute science déductive, et en particulier la géométrie, est
basée sur des axiomes indémontrables, à partir de lesquelles on déduit d’autres
propriétés. Les géométries non-euclidiennes (celles de Riemann et de
Lobatchevsky) sont aussi logiques et cohérentes que la géométrie ordinaire
d’Euclide.
Stuart Mill
a prétendu que toute définition contient un axiome, puisqu’en définissant on
affirme implicitement l’existence de l’objet défini ; ce qui est juste
pour quelques définitions. Un être mathématique existe, pourvu que sa
définition n’implique pas contradiction, soit en elle-même, soit avec les
propositions antérieurement admises. Une définition ou un axiome n’est pas
forcément une vérité évidente par elle-même comme le serait un jugement
analytique à priori.
Quelle
géométrie décrit notre monde alors ? Est-ce que par l’expérience qu’on va
vérifier les axiomes ? Comment expérimenter des conceptions idéales
(droite, etc.) ? Est-ce que la géométrie est une science expérimentale (non
exacte alors) ?
Les
axiomes géométriques ne sont ni des jugements esthétiques a priori, ni des
faits expérimentaux. Ce sont des conventions... Un choix guidé par des expériences,
mais libre et n’est limité que par la nécessité d’éviter toute
contradiction ; quand même les lois expérimentales qui ont déterminé leur
adoption ne sont qu’approximatives.
Ainsi, la question
: « La géométrie euclidienne est-elle vraie ? » n’a aucun sens. Une
géométrie ne peut pas être plus vraie qu’une autre ; elle peut seulement être
plus commode (pratique) et la géométrie euclidienne est la plus commode en fait
(dû à notre intuition qui en est proche et la simplicité de ses équations de 1er
degré).
CHAPITRE
IV
L’ESPACE
ET LA GÉOMÉTRIE.
On voit que
l’expérience joue un rôle indispensable dans la genèse de la géométrie ; mais
ce serait une erreur d’en conclure que la géométrie est une science
expérimentale, même en partie. Si elle était expérimentale, elle ne serait
qu’approximative et provisoire. L’expérience nous guide dans ce choix qu’elle
ne nous impose pas ; elle nous fait reconnaître non quelle est la géométrie la
plus vraie, mais quelle est la plus commode.
Au titre de
comparaison entre l’espace géométrique et l’espace
représentatif. D’abord on liste des propriétés de l’espace
géométrique : continu, infini, tridimensionnel, homogène, et isotrope.
L’espace
visuel complet a
3 ou 4 dimensions : une image bidimensionnelle qui n’est pas
homogène ; la distance est révélée de deux manières différentes : par
l’effort d’accommodation et par la convergence des yeux. La troisième dimension
ne jouant pas le même rôle que les deux autres. Ce qui fait que l’espace visuel
complet n’est donc pas un espace isotrope. De même, l’espace moteur (qui
accompagne tous nos mouvements) aurait autant de dimensions que nous avons de
muscles.
Ainsi l’espace
représentatif, sous sa triple forme, visuelle, tactile et motrice, est
essentiellement différent de l’espace géométrique. Il n’est ni homogène, ni
isotrope ; on ne peut même pas dire qu’il ait trois dimensions. L’espace
représentatif n’est qu’une image de l’espace géométrique, image déformée par
une sorte de perspective. Nous ne nous représentons donc pas les corps
extérieurs dans l’espace géométrique, mais nous raisonnons sur ces corps, comme
s’ils étaient situés dans l’espace géométrique.
Aucune de
nos sensations, isolée, n’aurait pu nous conduire à l’idée de l’espace, nous y
sommes amenés seulement en étudiant les lois suivant lesquelles ces sensations
se succèdent, par une modification dans un ensemble d’impressions sur la
position et l’état des objets : corriger par ses mouvements des effets des
changements de position des objets extérieurs (déplacement corrélatif de notre
corps jusqu’à atteindre la position relative primitive) et les distinguer des
changements d’état (les déformations, etc.). Nous distinguons ainsi les «
déformations » des autres changements d’état ; dans ces déformations chaque
élément (vu comme un solide indéformable) subit un simple changement de
position, qui peut être corrigé et connu alors ; si l’observation des
corps solides ne nous avait appris déjà à distinguer les changements de
position, ou s’il n’y avait pas de corps solides dans la nature, il n’y aurait
pas de géométrie (notre géométrie). Ni pouvons nous savoir le changement de
position si on n’avait pas des muscles capables de nous déplacer pour corriger
ces changements de position.
En résumé
: 1° Nous sommes amenés d’abord à distinguer deux catégories de phénomènes :
Les uns, involontaires, non accompagnés de sensations musculaires, sont
attribués par nous aux objets extérieurs ; ce sont les changements externes.
Les autres, dont les caractères sont opposés et que nous attribuons aux
mouvements de notre propre corps, sont les changements internes. 2° Nous
remarquons que certains changements de chacune de ces catégories peuvent être
corrigés par un changement corrélatif de l’autre catégorie. 3° Nous
distinguons, parmi les changements externes, ceux qui ont ainsi un corrélatif
dans l’autre catégorie, c’est ce que nous appelons les déplacements ; et de même
parmi les changements internes, nous distinguons ceux qui ont un corrélatif
dans la première catégorie. Ainsi se trouve définie, grâce à cette réciprocité,
une classe particulière de phénomènes que nous appelons déplacements. Ce sont
les lois de ces phénomènes qui font l’objet de la géométrie.
C’est grâce
aux lois d’homogénéité et d’isotropie que la répétition d’une même expérience
peut se faire indéfiniment, ce qui donne la validité au raisonnement
mathématique (récurrence).
En fait, la
connaissance de changement de position et les mouvements corrélatifs
corrigeant, dans un monde ayant n’importe quelle loi physique de mouvement,
est ce qui permet de construire une conception de géométrie ; soit qu’elle
est euclidienne ou non euclidienne, dans ce dernier cas les déplacements
peuvent être non euclidiennes. L’exemple qu’a donné Poincaré est celle d’un
monde renfermé dans une grande sphère et soumis aux lois suivantes : « La
température n’y est pas uniforme; elle est maxima au centre, et elle diminue à
mesure qu’on s’en éloigne, pour se réduire au zéro absolu quand on atteint la
sphère où ce monde est renfermé ; lorsqu’un objet se déplace, en se
déformant, non comme un solide invariable, mais comme un solide éprouvant des
dilatations inégales. Si un être sentant se trouve dans le voisinage, ses
impressions seront modifiées par le déplacement de l’objet, mais il pourra les
rétablir en se mouvant lui-même d’une manière convenable, il suffit que
finalement l’ensemble de l’objet et de l’être sentant, considéré comme formant
un seul corps, ait éprouvé un de ces déplacements particuliers. »
Ces êtres
imaginaires seront donc comme nous conduits à classer les phénomènes dont ils
seront témoins et à distinguer parmi eux, les « changements de position »
susceptibles d’être corrigés par un mouvement volontaire corrélatif. S’ils
fondent une géométrie, ce ne sera pas comme la nôtre, ce sera celle des
changements de position qu’ils auront ainsi distingués, et ce sera une
géométrie non Euclidienne.
La géométrie
ne serait que l’étude des mouvements des solides ; mais elle ne s’occupe pas en
réalité des solides naturels, elle a pour objet certains solides idéaux,
absolument invariables, qui n’en sont qu’une image simplifiée et bien lointaine.
La notion de ces corps idéaux est tirée de toutes pièces de notre esprit et
l’expérience n’est qu’une occasion qui nous engage à l’en faire sortir. Ce qui
est l’objet de la géométrie, c’est l’étude d’un « groupe » particulier ; mais
le concept général de groupe préexiste dans notre esprit au moins en puissance.
Il s’impose à nous, non comme forme de notre sensibilité, mais comme forme de
notre entendement.
CHAPITRE
V
L’EXPÉRIENCE
ET LA GÉOMÉTRIE
Peut-on
soutenir que certains phénomènes, possibles dans l’espace euclidien, seraient
impossibles dans l’espace non euclidien, de sorte que l’expérience contredirait
directement l’hypothèse non euclidienne ?
Il est
impossible d’imaginer une expérience concrète qui puisse être interprétée dans
le système euclidien et qui ne puisse pas l’être dans le système
lobatchevskien, de sorte que je puis conclure : Aucune expérience ne sera
jamais en contradiction avec le postulatum d’Euclide (par un point ne passe
qu’une unique droite parallèle à une droite donnée), ni avec le postulatum de
Lobatchevsky (par un point extérieur à une droite passe plus d’une droite
parallèle). L’expérience ne peut décider entre Euclide et Lobatchevsky. En
résumé, il est impossible de découvrir à l’empirisme géométrique un sens
raisonnable.
Les
expériences ne nous font connaître que les rapports des corps entre eux ;
aucune d’elles ne porte, ni ne peut porter, sur les rapports des corps avec
l’espace, ou sur les rapports mutuels des diverses parties de l’espace. Sans
faire aucune hypothèse sur la forme, sur la nature de l’espace, sur les
rapports des corps avec l’espace, sans attribuer aux corps aucune propriété
géométrique, on peut faire des constatations qui permettent de montrer dans un cas que les
corps expérimentés se meuvent suivant un groupe dont la structure est
euclidienne, dans l’autre cas qu’ils se meuvent suivant un groupe dont la
structure est lobatchevskienne. Il faut donc conclure que l’espace est à la
fois euclidien et non euclidien. Les expériences ont donc porté, non sur
l’espace, mais sur les corps (la matière).
Par
sélection naturelle notre esprit s’est adapté aux conditions du monde
extérieur, qu’il a adopté la géométrie la plus avantageuse à l’espèce ; ou en
d’autres termes la plus commode. Cela est tout à fait conforme à nos
conclusions, la géométrie n’est pas vraie, elle est avantageuse.
On pourrait
conclure que c’est l’expérience ancestrale qui nous a appris combien
l’espace a de dimensions. Mais en réalité ici encore nos expériences ont porté,
non sur l’espace, mais sur notre corps et ses rapports avec les objets voisins.
TROISIÈME PARTIE :
LA FORCE
CHAPITRE
VI
LA
MÉCANIQUE CLASSIQUE.
Les traités
de mécanique ne distinguent pas bien nettement ce qui est expérience, ce qui
est raisonnement mathématique, ce qui est convention, ce qui est hypothèse.
Ainsi l’espace absolu, le temps absolu, la géométrie même ne sont pas des
conditions qui s’imposent à la mécanique, mais une sorte de convention de
langage.
Une loi
expérimentale est toujours soumise à la révision ; on doit toujours s’attendre
à la voir remplacée par une autre loi plus précise. Or la loi d’inertie,
vérifiée expérimentalement dans quelques cas particuliers, peut être étendue
sans crainte aux cas les plus généraux, parce que nous savons que dans ces cas
généraux l’expérience ne peut plus ni la confirmer, ni la contredire, puisque
des paramètres ou bien des objets inconnus peuvent en influencer : La loi
se trouvera sauvegardée alors.
Les lois de
la dynamique (celles de Newton et de Kepler) ne sont que des définitions de
force, accélération, etc. et on ne peut rien conclure de leur vérité par
expérience ; ne sont-elles donc que des conventions arbitraires ?
Conventions, oui ; arbitraires, non ; elles le seraient si on perdait de vue
les expériences qui ont conduit les fondateurs de la science à les adopter, et
qui, si imparfaites qu’elles soient, suffisent pour les justifier.
CHAPITRE
VII
LE
MOUVEMENT RELATIF ET LE MOUVEMENT ABSOLU.
La loi de
relativité : Les accélérations des différents corps qui font partie d’un
système isolé ne dépendent que de leurs vitesses et de leurs positions
relatives, et non de leurs vitesses et de leurs positions absolues, pourvu que
les axes mobiles auxquels le mouvement relatif est rapporté soient entraînés
dans un mouvement rectiligne et uniforme. En effet, le principe du mouvement
relatif ressemble singulièrement à ce qu’on appelle le principe de l’inertie
généralisé ; ce n’est pas tout à fait la même chose, puisqu’il s’agit des
différences de coordonnées et non des coordonnées elles-mêmes.
De même
que Copernic nous a dit : il est plus commode de supposer que la terre tourne,
parce qu’on exprime ainsi les lois de l’astronomie dans un langage bien plus
simple ; on dirait : Il est plus commode de supposer que la terre tourne, parce
qu’on exprime ainsi les lois de la mécanique dans un langage bien plus simple.
Aux yeux du
physicien, le monde se réduit à une série de phénomènes, dépendant uniquement,
d’une part, des phénomènes initiaux, d’autre part, des lois qui lient les
conséquents aux antécédents. Si alors l’observation nous apprend qu’une
certaine quantité est une constante, nous aurons le choix entre deux manières
de voir :
Ou bien nous
admettrons qu’il y a une loi qui veut que cette quantité ne puisse varier, mais
que c’est par hasard qu’elle s’est trouvée avoir, à l’origine des siècles,
telle valeur plutôt que telle autre, valeur qu’elle a dû conserver depuis.
Cette quantité pourrait alors s’appeler une constante accidentelle.
Ou bien nous
admettrons au contraire qu’il y a une loi de la nature qui impose à cette
quantité telle valeur et non pas telle autre. Nous aurons alors ce qu’on peut
appeler une constante essentielle.
Poincaré a
donné des exemples sur des cas où on pose des hypothèses pour que la solution
soit plus commode.
CHAPITRE
VIII
ÉNERGIE
ET THERMODYNAMIQUE
Le système
énergétique (cinématique), remplaçant le système de la mécanique classique
(dynamique), se base sur deux formes d’énergie : l’énergie cinétique et
l’énergie potentielle, dont la somme est constante d’après le principe de
conservation d’énergie ; le 2ème principe est le principe de
Hamilton, qui est une des formes du principe de moindre action.
C’est la
nécessité qui nous mène à généraliser dans la science, sinon on n’aura pas des
théories, on n’aura que des études expérimentales aux phénomènes isolés l’un de
l’autre, qui n’aura aucun intérêt pratique, on ne pourra pas prévoir. Et parmi
les possibilités de généralisations, on choisit celles qui sont les plus
simples. On ne croit plus que la nature tend vers la simplicité mais que nous
cherchons la simplicité qui rend la science possible.
Les
principes de la mécanique se présentent donc à nous sous deux aspects
différents. D’une part, ce sont des vérités fondées sur l’expérience et
vérifiées d’une façon très approchée en ce qui concerne des systèmes presque
isolés. D’autre part, ce sont des postulats applicables à l’ensemble de
l’univers et regardés comme rigoureusement vrais. Si ces postulats possèdent
une généralité et une certitude qui faisaient défaut aux vérités expérimentales
d’où ils sont tirés, c’est qu’ils se réduisent en dernière analyse à une simple
convention que nous avons le droit de faire, parce que nous sommes certains
d’avance qu’aucune expérience ne viendra la contredire. Cette convention n’est
pourtant pas absolument arbitraire ; elle ne sort pas de notre caprice ; nous
l’adoptons parce que certaines expériences nous ont montré qu’elle serait
commode.
Les
principes conventionnels et généraux sont la généralisation naturelle et
directe des principes expérimentaux et particuliers. D’ailleurs, si on étudie
la mécanique, c’est pour l’appliquer ; et on ne peut l’appliquer que si elle
reste objective. Or, ce que les principes gagnent en généralité et en
certitude, ils le perdent en objectivité.
QUATRIÈME PARTIE :
LA NATURE
CHAPITRE
IX
LES
HYPOTHÈSES EN PHYSIQUE
L’expérience
est la source unique de la vérité : elle seule peut nous apprendre quelque
chose de nouveau ; elle seule peut nous donner la certitude. Et pourtant la
physique mathématique existe ; elle a rendu des services indéniables ; il ne suffit pas d’observer, il faut
se servir de ses observations, et pour cela il faut généraliser.
Chaque
siècle se moquait du précédent, l’accusant d’avoir généralisé trop vite et trop
naïvement.
Qu’est-ce
qu’une bonne expérience ? C’est celle qui nous fait connaître autre chose qu’un
fait isolé ; c’est celle qui nous permet de prévoir : dans des
circonstances analogues, un fait analogue se produira ; c’est-à-dire celle
qui nous permet de généraliser. Car sans généralisation, la prévision est
impossible. Mieux vaut prévoir sans certitude que de ne pas prévoir du
tout.
« Qu’on
me permette de comparer la Science à une bibliothèque qui doit s’accroître sans
cesse ; le bibliothécaire ne dispose pour ses achats que de crédits
insuffisants ; il doit s’efforcer de ne pas les gaspiller. C’est la physique
expérimentale qui est chargée des achats ; elle seule peut donc enrichir la
bibliothèque. Quant à la physique mathématique, elle aura pour mission de
dresser le catalogue. Si ce catalogue est bien fait, la bibliothèque n’en sera
pas plus riche. Mais il pourra aider le lecteur à se servir de ces richesses… Tel
est donc le rôle de la physique mathématique ; elle doit guider la
généralisation de façon à augmenter le rendement de la science. »
La nature
n’est pas simple, elle ne se soucie pas des difficultés analytiques,
avait dit Fresnel ; mais il n’est plus commode de la considérer simple et
en chercher la simplicité. Le plus souvent, toute loi est réputée simple
jusqu’à preuve du contraire. Si nos moyens d’investigation devenaient de plus
en plus pénétrants, nous découvririons le simple sous le complexe, puis le
complexe sous le simple, puis de nouveau le simple sous le complexe, et ainsi
de suite, sans que nous puissions prévoir quel sera le dernier terme. Qu’importe
alors que la simplicité soit réelle, ou qu’elle recouvre une vérité complexe ?
Qu’elle soit due à la grandeur
ou à la petitesse de certaines quantités qui permet de négliger certains
termes, dans tous les cas, elle n’est pas due au hasard.
Toute
généralisation est une hypothèse ; Seulement elle doit toujours être, le plus
tôt possible et le plus souvent possible, soumise à la vérification. Certaines
hypothèses peuvent être mauvaises mais elles nous guideront à concevoir nos
erreurs, à découvrir l’inconnu. D’autres peuvent être indifférentes : on
obtiendra le même résultat si on les suppose ou pas, elles sont par conséquent
inutiles et invérifiables. Les hypothèses de la troisième catégorie sont les
véritables généralisations : Ce sont elles que l’expérience doit confirmer
ou infirmer.
C’est grâce
à l’homogénéité approchée de la matière étudiée par les physiciens que la
physique mathématique a pu naître. En combinant le semblable au semblable et en
utilisant les mêmes opérations, on pourrait faire une induction mathématique
qui nous prévient de refaire les calculs un par un.
CHAPITRE
X
LES
THÉORIES DE LA PHYSIQUE MODERNE
Le but des
théories scientifiques n’est pas le savoir, mais le pouvoir de prédire les
phénomènes. La ruine d'une théorie ne vaut pas dire que la science a une
crise mais qu’elle évolue à être plus précise ; les vielles théories
seront rejetées ou modifiées.
Dans
l’histoire du développement de la physique, on distingue deux tendances
inverses. D’une part, ou découvre à chaque instant des liens nouveaux entre des
objets qui semblaient devoir rester à jamais séparés ; les faits épars cessent
d’être étrangers les uns aux autres ; ils tendent à s’ordonner en une imposante
synthèse. La science marche vers l’unité et la simplicité. D’autre part,
l’observation nous révèle tous les jours des phénomènes nouveaux ; il faut
qu’ils attendent longtemps leur place et quelquefois, pour leur en faire une,
on doit démolir un coin de l’édifice. Dans les phénomènes connus eux-mêmes, où
nos sens grossiers nous montraient l’uniformité, nous apercevons des détails de
jour en jour plus variés ; ce que nous croyions simple redevient complexe et la
science paraît marcher vers la variété et la complication.
Les
phénomènes anciennement connus se classent de mieux en mieux ; mais des
phénomènes nouveaux viennent réclamer leur place ; la plupart d’entre eux l’ont
trouvée tout de suite.
CHAPITRE
XI
Le
calcul des probabilités.
Lorsqu’on
fait l’induction, en fait, on calcul des probabilités.
« Nous
sommes ignorants et pourtant nous devons agir. Pour agir, nous n’avons pas le
temps de nous livrer à une enquête suffisante pour dissiper notre ignorance ;
d’ailleurs, une pareille enquête exigerait un temps infini. Nous devons donc
nous décider sans savoir ; il faut bien le faire au petit bonheur et suivre des
règles sans trop y croire. Ce que je sais, ce n’est pas que telle chose est
vraie, mais que le mieux pour moi est encore d’agir comme si elle était vraie
». Le calcul des probabilités, et par conséquent la science, n’aurait plus
qu’une valeur pratique.
CLASSIFICATION
DES PROBLÈMES DE PROBABILITÉ
Si nous
n’étions pas ignorants, il n’y aurait pas de probabilité, il n’y aurait de
place que pour la certitude ; mais notre ignorance ne peut être absolue, sans
quoi il n’y aurait pas non plus de probabilité, puisqu’il faut encore un peu de
lumière pour parvenir même à cette science incertaine. Les problèmes de
probabilité peuvent ainsi se classer d’après la profondeur plus ou moins grande
de cette ignorance.
Dans les
sciences physiques, notre ignorance est déjà plus grande. L’état d’un système,
à un instant donné, dépend de deux choses : son état initial et la loi d’après
laquelle cet état varie. Si nous connaissions à la fois cette loi et cet état
initial, nous n’aurions plus qu’un problème mathématique à résoudre et nous
retomberions sur le premier degré d’ignorance.
Mais il
arrive souvent qu’on connaisse la loi et qu’on ne connaisse pas l’état initial.
Seul, le calcul des probabilités permet de prévoir les phénomènes moyens. C’est
là le second degré d’ignorance.
Il est
possible, enfin, que non seulement les conditions initiales, mais les lois
elles-mêmes, soient inconnues ; on atteint alors le troisième degré de
l’ignorance et, généralement, on ne peut plus rien affirmer du tout au
sujet de la probabilité d’un phénomène.
Il arrive
souvent qu’au lieu de déduire les effets des causes, on veuille déduire les
causes des effets. Ce sont là les problèmes dits de probabilité des causes, les
plus intéressants au point de vue de leurs applications scientifiques.
On définit
la probabilité subjective, celle que nous donne l’intuition. Par
habitude notre intuition apprend à s’habituer aux certaines phénomènes et les
prédire, souvent moins précisément que la probabilité objective.
LA
PROBABILITÉ DANS LES SCIENCES PHYSIQUES.
Chaque
événement d’une expérience ayant une certaine probabilité, garde la même
probabilité si on recommence l’expérience. Les expériences distinctes sont
indépendantes entre-elles.
Pour entreprendre
un calcul quelconque de probabilité, et même pour que ce calcul ait un sens, il
faut admettre, comme point de départ, une hypothèse ou une convention qui
comporte toujours un certain degré d’arbitraire. Dans le choix de cette
convention, nous ne pouvons être guidés que par le principe de raison
suffisante. Malheureusement, ce principe est bien vague et bien élastique et, il
prend bien des formes différentes. La forme sous laquelle nous l’avons
rencontré le plus souvent, c’est la croyance à la continuité, croyance qu’il
serait difficile de justifier par un raisonnement apodictique, mais sans
laquelle toute science serait impossible. Enfin, les problèmes où le calcul des
probabilités peut être appliqué avec profit sont ceux où le résultat est indépendant
de l’hypothèse faite au début, pourvu seulement que cette hypothèse satisfasse
à la condition de continuité.
CHAPITRE
XII
L’OPTIQUE
ET L’ÉLECTRICITÉ
Les théories
mathématiques n’ont pas pour objet de nous révéler la véritable nature des
choses ; ce serait là une prétention déraisonnable. Leur but unique est de
coordonner les lois physiques que l’expérience nous fait connaître, mais que
sans le secours des mathématiques nous ne pourrions même énoncer.
En comparant
un esprit qui a vécu une éducation française et un dont l’éducation était
anglaise, on constate des différences de méthode ; le français n’accepte
que l’exactitude et la précision logique ; alors que le savant anglais ne
cherche pas à construire un édifice unique, définitif et bien ordonné, il
semble plutôt qu’il élève un grand nombre de constructions provisoires et
indépendantes, entre lesquelles les communications sont difficiles et
quelquefois impossibles.
Ainsi quand
l’anglais Maxwell a écrit ses théories en l’électromagnétisme, il n’a pas
relié les idées entre eux à former une unité, une idée générale ; pourtant
ses théories montrent que l’optique n’est en fait qu’un cas particulier de
l’électromagnétisme, il ne donne pas une explication mécanique.
On peut
exprimer l’énergie potentielle U et l’énergie cinétique T en termes d’un
paramètre q qu’on peut trouver expérimentalement, U ne dépend que de q alors
que T dépend de q et de sa dérivée première. Ainsi on peut choisir
arbitrairement les grandeurs exprimées par q et sa dérivée, mais il suffit
qu’on puisse le faire de façon à rester d’accord avec le principe de moindre
action pour qu’une explication mécanique soit possible.
Quand
dirons-nous alors que nous avons une explication mécanique complète du
phénomène ? Ce sera d’une part quand nous connaîtrons les équations
différentielles auxquelles satisfont les coordonnées, équations qui d’ailleurs
devront être conformes aux principes de la dynamique (principe de
conservation d’énergie et principe de moindre action) ; et d’autre part quand
nous connaîtrons les relations qui définissent les coordonnées en fonctions de
certains paramètres q, accessibles à l’expérience.
Le principe
de moindre action étant une condition nécessaire, conduit au principe de
conservation d’énergie (la somme des énergies est constante), puisque le chemin
le plus court est unique et constant ; ce qui fait que ce principe est
aussi une condition suffisante.
Alors
Maxwell s’est demandé s’il pouvait faire ce choix et celui des deux énergies T
et U, de façon que les phénomènes électriques satisfassent à ce principe.
L’expérience nous montre que l’énergie d’un champ électromagnétique se
décompose en deux parties, l’énergie électrostatique et l’énergie
électrodynamique. Maxwell a reconnu que si l’on regarde la première comme représentant
l’énergie potentielle U, la seconde comme représentant l’énergie cinétique T ;
si, d’autre part, les charges électrostatiques des conducteurs sont considérées
comme des paramètres q et les intensités de courants comme les dérivées
d’autres paramètres q ; dans ces conditions, dis-je, Maxwell a reconnu que les
phénomènes électriques satisfont au principe de moindre action. Il était
certain, dès lors, de la possibilité d’une explication mécanique.
En fait, si
on ne peut pas satisfaire au principe de moindre action, il n’y a pas d’explication
mécanique possible ; si on y peut satisfaire, il y en a non seulement une,
mais une infinité, d’où il résulte que dès qu’il y en a une, il y en a une
infinité d’autres.
Pour
démontrer la possibilité d’une explication mécanique de l’électricité, nous
n’avons pas à nous préoccuper de trouver cette explication elle-même, il nous
suffit de connaître l’expression des deux fonctions T et U, qui sont les deux
parties de l’énergie, de former avec ces deux fonctions les équations de
Lagrange et de comparer ensuite ces équations avec les lois expérimentales.
CHAPITRE
XIII
L’ÉLECTRODYNAMIQUE
Ce dernier
chapitre est plus technique, il a traité l’évolution de l’électrodynamique
d’Ampère à Maxwell (sans rentrer dans les détails):
Hypothèse d’Ampère :
l’action mutuelle de deux éléments de courant se ramène à une force dirigée
suivant la droite qui les joint.
Hypothèse d’Helmholtz : deux éléments de courant
admettent toujours un potentiel électrodynamique, dépendant uniquement de leur
position et de leur orientation, et le travail des forces qu’ils exercent l’un
sur l’autre est égal à la variation de ce potentiel.
Maxwell :
il n’y a plus de courants ouverts, le courant de déplacement dans un
diélectrique ferme le circuit (remplace le courant de convection).
Le résumé sous format PDF (22 pages)


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